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La chapelle San Martinu de Rapale : l'église qui a donné son nom au Domaine

  • dbereni
  • Jul 29
  • 6 min read

Le plus vieux bâtiment de Rapale sert aujourd'hui de remise agricole.

Il se tient à cinq minutes à pied du village, sur une petite plate-forme, à demi pris dans les ronces. On passe devant sans le voir. Et pourtant, selon les spécialistes de l'art roman insulaire, sa construction remonte au VIIe ou au IXe siècle, plusieurs siècles avant les églises pisanes qui font aujourd'hui la réputation du Nebbiu.

C'est la chapelle San Martinu. Nous lui devons notre nom.

Ce n'est pas une ruine

Il faut le dire d'emblée, parce que le mot « vestige » induit en erreur.

Abside préromane de la chapelle San Martinu de Rapale, orientée à l'est

L'abside, orientée à l'est : la partie la mieux conservée, et la seule qui n'ait jamais été remaniée. C'est elle qui donne sa date à l'édifice.


La nef est debout : 10,30 mètres sur 4,60. L'abside, orientée à l'est comme le voulait l'usage, est encore voûtée en cul-de-four, une voûte de petites pierres noyées dans du mortier de chaux. L'arc triomphal qui la sépare de la nef est intact, fait de claveaux soigneusement appareillés, et repose toujours sur ses deux petites consoles moulurées.

C'est cette abside qui donne sa date à l'édifice. Elle n'a pas été remaniée, contrairement au reste, et son mode de construction de petites pierres, un volume trapu, aucun soubassement, la chapelle pose directement sur le sol situe l'ouvrage entre le VIIe et le IXe siècle.


Ce qu'il faut regarder, quand on y est :

  • La fenêtre de l'abside, une simple meurtrière surmontée d'une pierre échancrée en demi-cercle — aujourd'hui comblée par un remplissage de pierres. Les trois autres fenêtres, deux au nord et une au sud, sont rectangulaires, avec un linteau plat.

  • Les longues pierres plates réparties dans tout l'appareil, et pas seulement au-dessus des ouvertures comme on s'y attendrait.

  • La croix ajourée au sommet du fronton ouest. C'est la seule qui subsiste.

  • La porte sud et son linteau en bâtière. La porte ouest, elle, a manifestement été reprise : son arc encadre un tympan nu, et certaines pierres mieux taillées y sont disposées en désordre.

  • Le bandeau de pierres blanches qui encadre la fenêtre centrale, à l'intérieur.

Fenêtre meurtrière de l'abside de la chapelle San Martinu, surmontée d'une pierre échancrée en demi-cercle

La meurtrière de l'abside et sa pierre échancrée en demi-cercle, aujourd'hui obstruée par un remplissage de pierres.


Mille ans d'église paroissiale

Voici ce que ce bâtiment raconte, et qui change tout.

Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, la chapelle San Martinu était l'église paroissiale de Rapale. C'est ici que le village se rassemblait, se mariait, enterrait ses morts. Pendant près de mille ans.

Puis on a construit l'église de l'Assomption Santa Maria Assunta, celle qui domine aujourd'hui les toits du village. San Martinu a cessé d'être le centre de Rapale. Elle est devenue une chapelle, puis une remise.

C'est une histoire très ordinaire, et c'est pour cela qu'elle est belle : un village qui monte, une église qu'on abandonne en bas, un bâtiment qui traverse treize siècles sans que personne ne songe à le protéger. Elle n'est d'ailleurs pas classée au titre des Monuments historiques, contrairement à San Cesario, sa voisine du XIIe siècle, classée depuis 1924.

San Martinu, elle, a survécu sans titre. Simplement parce qu'elle était solide et qu'elle servait encore.


Plus ancienne que les églises que l'on vient voir

Le Nebbiu est connu pour deux monuments : San Michele de Murato et San Cesario de Rapale, ces deux sœurs romanes bâties en damier de serpentine verte et de calcaire blanc, aux XIIe et XIIIe siècles.

La chapelle San Martinu leur est antérieure de quatre à six siècles.

Porte de la chapelle San Martinu de Rapale, linteau surmonté d'un arc de décharge et d'un tympan

Le linteau, l'arc de décharge et le tympan nu. Aucune sculpture, aucun décor : seulement des pierres posées avec soin.


Elle appartient à une strate plus ancienne et beaucoup plus discrète du patrimoine corse : celle des petites églises préromanes, sans décor, sans sculpture, bâties avec ce qu'on avait sous la main, à une époque où l'île était loin de tout. Il n'y a rien à admirer au sens habituel du mot. Il y a un volume, une orientation, une voûte, et une continuité de treize siècles.

Rattachée à la pieve de San Quilico, dans l'ancien diocèse du Nebbio, elle figure dans les ouvrages de référence sur l'art roman insulaire, chez Geneviève Moracchini-Mazel notamment, qui l'a inventoriée dès 1967. Les publications savantes l'écrivent San Martino, à l'italienne ; l'usage local dit San Martinu.


Comment y aller

C'est l'une des plus courtes promenades que nous vous proposerons : cinq bonnes minutes de marche depuis le village.

Depuis le cœur de Rapale, descendez la route qui passe sous le restaurant I Fratelli. Un panneau indique le chemin sur votre droite. Descendez, et juste avant une maison récente, prenez le sentier caillouteux qui part sur la gauche. La chapelle apparaît à gauche du sentier.

  • Altitude : 295 m

  • Coordonnées : 42°35'43"N · 9°18'07"E

  • Durée depuis le village : 5 minutes à pied

  • Difficulté : aucune, mais le sentier est caillouteux, prenez de vraies chaussures

  • Meilleur moment : le matin, quand le soleil est encore à l'est et éclaire l'abside de plein fouet

Un lieu ouvert, sur un terrain qui ne l'est pas tout à fait. La chapelle se tient en limite de propriété. Elle est visible depuis le sentier, elle est ouverte, et rien n'interdit de s'en approcher — mais elle appartient à quelqu'un et sert encore de remise agricole. Cela n'impose qu'une chose : de la discrétion. On y va comme on entre chez quelqu'un, sans rien déplacer et sans rien laisser. Le mur nord est pris dans un roncier ; mieux vaut le laisser tranquille.

Ce lieu tient debout depuis treize siècles parce qu'on l'a laissé tranquille. C'est la meilleure façon de continuer.


Pourquoi le Domaine porte ce nom

Nous n'avons pas cherché un nom. Il était là.

San Martinu n'est pas une trouvaille de communication, ni une évocation vague de la Corse authentique. C'est un lieu précis, à cinq minutes de nos portes, qui a été le centre de ce village pendant mille ans et que presque personne ne va voir.

Ouvrir une maison qui accueille des voyageurs, c'est prendre une place dans un endroit qui existait avant nous et qui existera après. Porter le nom du plus ancien bâtiment de Rapale, c'est une façon de nous le rappeler.

Alors oui, l'une des premières choses que nous vous proposerons, à partir d'avril 2027, ce sera cette promenade-là. Cinq minutes de marche, un sentier caillouteux, des ronces, et une abside du VIIIe siècle qui tient encore debout.

Vous comprendrez d'où vient le nom de la maison qui vous accueille.


Questions fréquentes

De quand date la chapelle San Martinu de Rapale ?

Son mode de construction, notamment l'abside, la partie la mieux conservée et la seule non remaniée, situe sa fondation entre le VIIe et le IXe siècle. L'édifice a connu de nombreuses réfections par la suite, particulièrement visibles sur la porte occidentale.

La chapelle San Martinu se visite-t-elle ?

Oui. Elle se tient en limite de propriété, visible depuis le sentier et ouverte, à cinq minutes de marche du village de Rapale. Elle sert encore de remise agricole : la discrétion et le respect du lieu s'imposent.

Comment accéder à la chapelle San Martinu ?

Depuis le village de Rapale, descendez la route qui passe sous le restaurant I Fratelli. Un panneau indique le sentier sur la droite. Descendez, puis prenez le chemin caillouteux à gauche avant une maison récente. Comptez cinq minutes.

San Martinu ou San Martino ?

Les deux. Les publications savantes emploient la forme italienne San Martino, l'usage local la forme corse San Martinu. C'est le même édifice.

La chapelle est-elle classée Monument historique ?

Non. Contrairement à l'église romane San Cesario de Rapale, classée depuis 1924, la chapelle San Martinu ne bénéficie d'aucune protection au titre des Monuments historiques.

Quelle est la différence avec l'église Santa Maria Assunta ?

San Martinu fut l'église paroissiale de Rapale jusqu'au milieu du XVIIe siècle. C'est à cette date que fut bâtie l'église de l'Assomption, Santa Maria Assunta, qui domine aujourd'hui le village et l'a remplacée dans cette fonction.

Sources

Claudine Levie et Philippe Deltour, Corse Romane — Rapale : San Martino · Geneviève Moracchini-Mazel, Les églises romanes de Corse, 1967, t. 2, p. 256 · F. Michel et D. Pasqualaggi, Carte archéologique de la Gaule — La Corse, 2013, p. 264


Nous ouvrons en avril 2027

À cinq minutes à pied de la chapelle. Nous préparons pour nos futurs hôtes un guide complet du Nebbiu : les sentiers, les villages, les chapelles oubliées et les heures où il faut y être.

 
 
 
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